On se souvient que LA FEmme Libre et Indépendante (prononcez Laféli) a récemment cédé au diktat de la société d’information et de divertissement, à savoir qu’elle s’est résignée à accepter la présence d’une télévision dans son environnement direct. Ainsi soit-il.
Au fil du temps, Laféli a néanmoins réussi à lui trouver une fonctionnalité non dénuée d’intérêt .En effet, si elle est indécrottablement réfractaire aux technologies intermédiaires et moyennâgeuses comme la télévision, l’aspirateur ou la brosse à dents électrique (nous y reviendrons), Laféli ne pourrait pas envisager un hypothétique modèle de vie sans accès à internet. Dans certains cercles, on appelle ça être un geek. Laféli appelle ça être civilisée. Toujours est-il que Rossinante – sa vieille ganache d’ordinateur portable pleine de rhumatismes- a parfois tendance à faire des siennes et à être constipée de l’internet. C’est là que la télévision, si archaïque soit-elle, entre en scène : Vu que des alchimistes du 21eme siècle ont réuni en une seule et même boîte la source alimentant téléphone, télévision et internet, en cas de panne, il suffit à Laféli d’allumer sa télévision pour juger de l’ampleur du problème. Si l’écran s’illumine du sourire lumineusement vide d’une blonde speakrine, c’est Rossinante qui fait la gueule. Si même la télé est morte, c’est que le problème est plus grave, et qu’il faut appeler le service technique, ou allumer un cierge à Sainte-Rita (les chances de réussite des deux opérations étant identiques, vous ne risquez pas grand-chose).
Tout ça pour dire que Laféli n’allume sa télé que quand son PC déconne. « Grand bien lui fasse », me direz-vous. En effet, car ces épisodiques zappings utilitaires sont une véritable manne qui lui fait dire que, décidément, il faudrait regarder la télé plus souvent. Surtout les publicités.
Parce que 2011, mesdames et messieurs, est une année-charnière, une année-pivot, une année-n’importe quoi qui peut faire office d’axe rotatif mais qui va surtout marquer un tournant décisif dans votre vie, vos mœurs, vos habitudes. En effet, la télévision nous apprend qu’en 2011, ENFIN, la marque Trucmuche invente…Le thé froid en sachet.
Là déjà, pendant le passage du spot publicitaire ça fait comme un blanc dans le cerveau de Laféli.
Un sachet de thé. Qui infuse à froid. Outre le fait que, si l’on veut être pointilleux et casse-noisettes, l’infusion à froid n’existe pas (une infusion se fait par définition à chaud, à froid on parle de macération), il y a comme un petit quelque chose dans le concept qui ne connecte pas. Un peu comme la phrase dont on attend la chute. Ca infuse à froid, OK, et …? Ah, et rien, voilà? Ah.
Parce que depuis la nuit des temps, chez les Lafélis, quand on veut faire du thé froid maison, on prend une bouteille d’eau froide, 3 sachets de thé XYZ à 5 centimes pièce, un peu de citron, et hop au frigo. Sans jamais se rendre compte, pauvres simples d’esprit, qu’on accomplissait là un petit miracle ménager. Pour le coup, Laféli se demande si elle, sa mère et sa grand-mère n’ont pas raté le dépôt de brevet juteux du siècle.
- Bonjour Monsieur, je viens déposer un brevet pour mon invention.
- Madame, ce n’est pas une invention, c’est un sachet de thé de chez Chutchutpasdemarque.
- Non monsieur, car moi, mon thé, je l’infuse A FROID.
- Ah? C’est incroyable! Dans ce cas, signez là…
Et paf, on serait multimillionaires à l’heure qu’il est. On aurait peut-être même pu s’acheter une particule nobiliaire. Mince alors.
Mais non, il doit quand même avoir quelque chose de plus, ce thé qui infuse à froid? Pour s’en convaincre, Laféli utilise la méthode empirique : deux verres d’eau froide. Dans celui de droite, un sachet magique qui infuse à froid. Dans celui de gauche, un vulgaire sachet d’infusion à la menthe. Au bout de quatre minutes rigoureusement chronométrées, dégustation.
Verdict : idem. Même couleur, même parfum, même goût fadasse.
Cependant, vu que, comme dirait papa Laféli, « y’a rien de plus fort que l’idée », ça marche. Il suffit pour s’en rendre compte de traîner un peu sur un forum d’avis de consommateurs (sisi, vous avez bien lu : tester tout et n’importe quoi et donner son avis après, sans être payé, c’est un hobbie à temps plein) : « Super! » « Incroyable! » « Délicieux! » « Ca manquait au quotidien! » Vraiment?
Après une étude minutieuse du taux de crédulité de la masse consommatrice et du seuil de mauvaise foi légalement autorisé, Laféli a donc décidé de se lancer, toutes affaires cessantes, dans la grande distribution d’un produit révolutionnaire: l’oeuf. Il y aura l’oeuf pour omelette, l’oeuf pour oeuf dur, l’oeuf pour oeuf à la coque, l’oeuf pour mimosa, l’oeuf pour meringue, l’oeuf à battre,l’oeuf à gober, l’oeuf à lancer dans les manifs,… On fera de grandes campagnes de sensibilisation, des journées d’information sur «la famille des oeufs », il y aura des chaînes de supermarchés entièrement dédiés à cette vaste et complexe gamme de produits, avec des conseillers prêts à faire passer au consommateur des tests d’orientation (« quel oeuf correspond à vos besoins? »), et tout le monde se demandera comment l’humanité faisait avant…
2011, année-charnière: cette année, on prend (encore un peu plus) le consommateur pour un imbécile, et il aime ça. Tchin-tchin.
Retrouvez les aventures de Laféli, merveilleusement illustrées par Chez Gertrud, dans le prochain numéro de Green is Beautiful !


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