Le 19 août 2011

Journal de bord d’une femme libre et indépendante, Chapitre 4: Sachet-le

© Marilyn Scott -Waters

On se souvient que LA FEmme Libre et Indépendante (prononcez Laféli) a récemment cédé au diktat de la société d’information et de divertissement, à savoir qu’elle s’est résignée à accepter la présence d’une télévision dans son environnement direct. Ainsi soit-il.

Au fil du temps, Laféli a néanmoins réussi à lui trouver une fonctionnalité non dénuée d’intérêt .En effet, si elle est indécrottablement réfractaire aux technologies intermédiaires et moyennâgeuses comme la télévision, l’aspirateur ou la brosse à dents électrique (nous y reviendrons), Laféli ne pourrait pas envisager un hypothétique modèle de vie sans accès à internet. Dans certains cercles, on appelle ça être un geek. Laféli appelle ça être civilisée. Toujours est-il que Rossinante – sa vieille ganache d’ordinateur portable pleine de rhumatismes- a parfois tendance à faire des siennes et à être constipée de l’internet. C’est là que la télévision, si archaïque soit-elle, entre en scène : Vu que des alchimistes du 21eme siècle ont réuni en une seule et même boîte la source alimentant téléphone, télévision et internet, en cas de panne, il suffit à Laféli d’allumer sa télévision pour juger de l’ampleur du problème. Si l’écran s’illumine du sourire lumineusement vide d’une blonde speakrine, c’est Rossinante qui fait la gueule. Si même la télé est morte, c’est que le problème est plus grave, et qu’il faut appeler le service technique, ou allumer un cierge à Sainte-Rita (les chances de réussite des deux opérations étant identiques, vous ne risquez pas grand-chose).

Tout ça pour dire que Laféli n’allume sa télé que quand son PC déconne. « Grand bien lui fasse », me direz-vous. En effet, car ces épisodiques zappings utilitaires sont une véritable manne qui lui fait dire que, décidément, il faudrait regarder la télé plus souvent. Surtout les publicités.

Parce que 2011, mesdames et messieurs, est une année-charnière, une année-pivot, une année-n’importe quoi qui peut faire office d’axe rotatif mais qui va surtout marquer un tournant décisif dans votre vie, vos mœurs, vos habitudes. En effet, la télévision nous apprend qu’en 2011, ENFIN, la marque Trucmuche invente…Le thé froid en sachet.

Là déjà, pendant le passage du spot publicitaire ça fait comme un blanc dans le cerveau de Laféli.

Un sachet de thé. Qui infuse à froid. Outre le fait que, si l’on veut être pointilleux et casse-noisettes, l’infusion à froid n’existe pas (une infusion se fait par définition à chaud, à froid on parle de macération), il y a comme un petit quelque chose dans le concept qui ne connecte pas. Un peu comme la phrase dont on attend la chute. Ca infuse à froid, OK, et …? Ah, et rien, voilà? Ah.

Parce que depuis la nuit des temps, chez les Lafélis, quand on veut faire du thé froid maison, on prend une bouteille d’eau froide, 3 sachets de thé XYZ à 5 centimes pièce, un peu de citron, et hop au frigo. Sans jamais se rendre compte, pauvres simples d’esprit, qu’on accomplissait là un petit miracle ménager. Pour le coup, Laféli se demande si elle, sa mère et sa grand-mère n’ont pas raté le dépôt de brevet juteux du siècle.

- Bonjour Monsieur, je viens déposer un brevet pour mon invention.

- Madame, ce n’est pas une invention, c’est un sachet de thé de chez Chutchutpasdemarque.

- Non monsieur, car moi, mon thé, je l’infuse A FROID.

- Ah? C’est incroyable! Dans ce cas, signez là…

Et paf, on serait multimillionaires à l’heure qu’il est. On aurait peut-être même pu s’acheter une particule nobiliaire. Mince alors.

Mais non, il doit quand même avoir quelque chose de plus, ce thé qui infuse à froid? Pour s’en convaincre, Laféli utilise la méthode empirique : deux verres d’eau froide. Dans celui de droite, un sachet magique qui infuse à froid. Dans celui de gauche, un vulgaire sachet d’infusion à la menthe. Au bout de quatre minutes rigoureusement chronométrées, dégustation.

Verdict : idem. Même couleur, même parfum, même goût fadasse.

Cependant, vu que, comme dirait papa Laféli, « y’a rien de plus fort que l’idée », ça marche. Il suffit pour s’en rendre compte de traîner un peu sur un forum d’avis de consommateurs (sisi, vous avez bien lu : tester tout et n’importe quoi et donner son avis après, sans être payé, c’est un hobbie à temps plein) : « Super! » « Incroyable! » « Délicieux! » « Ca manquait au quotidien! » Vraiment?

Après une étude minutieuse du taux de crédulité de la masse consommatrice et du seuil de mauvaise foi légalement autorisé, Laféli a donc décidé de se lancer, toutes affaires cessantes, dans la grande distribution d’un produit révolutionnaire: l’oeuf. Il y aura l’oeuf pour omelette, l’oeuf pour oeuf dur, l’oeuf pour oeuf à la coque, l’oeuf pour mimosa, l’oeuf pour meringue, l’oeuf à battre,l’oeuf à gober, l’oeuf à lancer dans les manifs,… On fera de grandes campagnes de sensibilisation, des journées d’information sur «la famille des oeufs  », il y aura des chaînes de supermarchés entièrement dédiés à cette vaste et complexe gamme de produits, avec des conseillers prêts à faire passer au consommateur des tests d’orientation (« quel oeuf correspond à vos besoins? »), et tout le monde se demandera comment l’humanité faisait avant…

2011, année-charnière: cette année, on prend (encore un peu plus) le consommateur pour un imbécile, et il aime ça. Tchin-tchin.

 

Retrouvez les aventures de Laféli, merveilleusement illustrées par Chez Gertrud, dans le prochain numéro de Green is Beautiful !

Le 17 août 2011

Festival Théâtres Nomades

Cette semaine, ça bouge du côté du parc Royal de Bruxelles ! Louise Simon, de la compagnie des Nouveaux Disparus, nous parle du festival Théâtres Nomades, 5eme du nom.

Théâtres Nomades, L'afficheThéâtres Nomades, ça a commencé comment ?

L.S. : Par hasard ou presque ! Le projet est né il y a 5 ans, de la rencontre entre la compagnie des Nouveaux Disparus, dont je fais partie, et Joelle Milquet, et surtout d’une envie commune de créer un festival théâtral dans Bruxelles. Cette année-là, tout s’est fait en quelques mois !

Quel est le concept ?

Il s’agit de quatre jours de théâtre en plein air et sous chapiteau, au total 30 compagnies, et une cinquantaine de représentations sur quatre jours, le tout entièrement gratuit. Toute l’année, notre compagnie a pour but d’amener le théâtre vers ceux qui n’y ont pas facilement accès ; « Théâtres Nomades », c’est la démarche complémentaire, à savoir essayer de faire venir les gens au théâtre, de les faire sortir.

Qui vient au festival ?

C’est un public essentiellement bruxellois, familial (surtout le week-end), mais néanmoins très varié. Les flyers sont distribués partout, dans les logements sociaux, auprès des associations avec lesquelles nous travaillons,…On essaie de faire se rencontrer les publics, de démocratiser le théâtre. Ce n’est pas facile, mais c’est tout le défi.

La fréquentation est difficile à quantifier en raison de l’entrée libre, mais si on compte en spectateurs, on en a eu environ 23.000 l’an dernier, et on en attend encore plus cette année. C’est une belle progression quand on sait que la première année, on affichait « seulement » 10.000 spectateurs !

Maza Loco

Théâtre Nomade = Théâtre de rue ?

Pas forcément, il y a de tout ! On mélange les genres : cirque, conte, théâtre classique, théâtre de rue, théâtre pour enfants,… Mais il est vrai que les artistes doivent s’adapter aux conditions particulières du parc, ce qui fait que certains spectacles sont joués pour la première fois en plein air chez nous, comme par exemple Sam Touzani cette année.

Le festival n’est-il pas éclipsé par la présence toute proche du Brussels Summer Festival ?

On a eu en effet un peu peur la première année, d’autant plus que la scène du Magic Mirror est installée juste à côté de nous. Mais au final tout se passe très bien, les dates sont réparties de sorte à ne pas se faire de l’ombre mutuellement ; de plus, ils nous font la promo en nous mentionnant dans leur catégorie « Much more », même si nous ne sommes pas officiellement inclus dans leur pass d’entrée. Mais la cohabitation est pacifique, bénéfique même !

Qu’y a-t-il au menu cette année ?

Que du bon : Zidani avec sa « Rentrée d’Arlette », Sam Touzani, Pie Tshibanda. Il y a aussi « La Maroxelloise, agence de voyage », des Nouveaux Disparus. Le dimanche, la Compagnie EnfanTfare propose un spectacle de chorale enfantine qui vaut le détour ; il y aura aussi du burlesque, du cirque… On essaie, autant que possible, de recruter des compagnies belges, mais on a aussi quelques compagnies françaises, les italiens de Senza Che, et une compagnie marocaine. Et – grande première-, le dimanche, on termine en beauté avec une parade participative du public qui sera costumé et grimé, à l’initiative du Magic Land Théâtre. Histoire de changer un peu de la traditionnelle fanfare !

Madame et sa croupe, Cie un de ces 4

Un mot sur le « Fil Sud » ?

Bien sûr ! Comme chaque année, on suit tout au long du festival une thématique « Fil Sud ». Cette année c’est la protection de l’environnement qui est à l’honneur : des associations présentes dans le village associatif informeront les visiteurs, et quatre spectacles thématiques sont programmés les samedi et dimanche. On essaie d’intéresser le public au thème choisi de façon ludique, en plus de la simple information. De plus, cette année, une démarche éco-responsable sera appliquée à l’échelle de tout le festival : nous instaurons les gobelets réutilisables, les toilettes sèches pour les artistes, le tri des déchets ainsi que le catering équitable et végétarien pour les artistes. Même chose au bar : boissons bio, équitables et/ou locales.

Et sinon, vous priez les Dieux de la météo pour qu’ils soient cléments cette semaine ?

Rires. Jusqu’ici, on a toujours eu de la chance, ce n’est arrivé qu’une fois en cinq ans qu’il faille annuler un spectacle pour cause de mauvais temps. S’il pleut, il faut parfois décaler un peu les spectacles, modifier les horaires, mais rien de dramatique, le public comprend. De plus, on dispose de deux chapiteaux, d’une tente berbère, et le dimanche, le Théâtre du Parc nous ouvre ses portes.

Le Retour du Capitaine, Cie de la Sonnette

Pourquoi faut-il venir ?

Pour se poser, voir un bon spectacle dans un beau cadre, et passer un bon moment dans une ambiance conviviale et humaine.

Cindya Izzarelli

Festival Théâtres Nomades, du 18 au 21 août dans le Parc de Bruxelles. Entrée gratuite!

Retrouvez cette interview sur Demandez le Programme et Comédien.be !

Le 27 juillet 2011

Anderlecht : prise d’otage

Ce mercredi 27 juillet, un peu après 15 heures, un homme d’une quarantaine d’années s’est retranché dans un appartement de la rue Saint-Guidon où vivent sa femme et ses enfants et a pris sa famille en otage. Il était en possession d’une arme (apparemment un 22 long rifle).

Une détonation a été entendue, mais le coup de feu n’a fait aucun blessé.

Après le déclenchement du plan catastrophe, le bourgmestre d’Anderlecht s’est rendu sur place et un centre de crise a été mis en place au niveau local.

Le magistrat du parquet est également descendu sur les lieux, ainsi que les forces d’intervention spéciales de la police fédérale (DSU).

La femme et un des enfants de l’homme armé ont quitté l’appartement, mais on ignore à l’heure actuelle si l’homme les a libérés ou s’ils se sont échappés.

Sains et saufs, mais en état de choc, la femme et l’enfant ont été entendus par la police mais n’ont pu donner d’éclaircissements.

Un périmètre de sécurité a été dressé autour du bâtiment et a été maintenu après la levée du plan catastrophe, peu après 19h.

Le quartier a été évacué par la police de la zone Bruxelles-Midi, un hélicoptère survole la zone, et une ambulance se trouve sur place, de manière préventive.

 

Reportage audio : Reportage audio (prise d\’otage Saint Guidon)

 

Le 27 juillet 2011

Reportage : Les conteurs en balade (Audio)

Qui a dit que les dimanches étaient faits pour s’ennuyer et que les belles histoires ne se racontaient qu’au coin du feu ?

Les conteurs en balade promènent leur public hors des sentiers battus et déploient leurs mots dans des décors grandeur nature, avec ou sans parapluie. Dimanche dernier, au parc Roi Baudoin, c’est Ria Carbonez qui nous racontait des histoires venues de très loin… Rencontre avec la conteuse, avec Sophie Clerfayt des Conteurs en Balade, et avec la nature…

Pour écouter le reportage, cliquez ici :  http://www.comedien.be/IMG/mp3/conteurs_en_balade.mp3

Le public attend le départ...

Ria Carbonez (4)

Sophie Clerfayt des Conteurs en Balade

Ria Carbonez (2)

Fantastique nature

Le site des « conteurs en balade »

La page de Ria Carbonez

Retrouvez ce reportage sur Demandez Le Programme.be!

Le 6 mai 2011

Critique : « La Tempête »

Écrite par Shakespeare en 1611, « La Tempête » a inspiré une pléiade d’illustres artistes de toutes disciplines tels que Beethoven, Tchaïkovsky, Aimé Césaire ou encore Aldous Huxley. Gageons que cette adapation-ci ne restera pas dans les annales.

Il est toujours douloureux d’avoir à annoncer un mauvais bulletin. Malgré un grand nombre de bonnes idées potentielles et une louable volonté de se démarquer, cette « Tempête » souffre peut-être d’un trop-plein d’enthousiasme dans sa réalisation et tombe malheureusement à plat.

Un trop grand nombre d’éléments (pour ne pas dire d’artifices ) viennent, au mieux, alourdir l’ensemble, au pire, nuire franchement au déroulé de la pièce. Signalons avant toute chose les « effets spéciaux », trop nombreux, mal choisis, mal agencés ou mal coordonnés : projections d’animations sur un écran de fond dont on ne voit pas toujours bien la pertinence, musiques et bruitages trop nombreux, parasitant souvent le texte, au son parfois approximatif, marionnette géante qui aurait pu faire son effet mais qui pâtit d’une mauvaise manipulation, sans parler des fumigènes qui, à entendre divers témoignages, ont incommodés pas mal de personnes dans l’assistance.

A noter également : un problème manifeste de déplacements tout au long de la pièce. Les chorégraphies sont approximatives, les changements de décors trop longs et laborieux cassent un rythme déjà inconstant (ces énormes bâches de sol figurant le sable et l’herbe étaient-elle vraiment nécessaires ?) ; et à maintes reprises, les acteurs semblent ne pas savoir où se placer, voire passent carrément devant les projecteurs. Enfin, le texte souffre trop souvent d’excès de cabotinage.

En résumé, un spectacle surchargé et qui donne un sentiment de « pas encore au point ». La mention « 2h15 sans entracte » figurant sur le programme n’a malheureusement pas empêché une bonne partie du public de s’enfuir discrètement avant la fin de la pièce.

C.I.

Retrouvez cette critique sur Demandezleprogramme.be

Le 4 mai 2011

Bonnefèèèèèète…

…2011? Vraiment?

Certains clichés ont la vie dure

Si cette image se passe de commentaires, un complément d’informations est néanmoins le bienvenu.

En fouinant plus avant sur le site internet d’une grande chaîne de discounts éléctroménagers-hifi qui dans son programme de communication insiste grandement sur le parfait équilibre mental de sa clientèle, on constate les faits suivants:

1. Passons sur le fait que chaque page du site web est disponible en français et en néerlandais, mais que si je consulte par exemple la page du magasin d’Antwerpen en français, je n’y ai pas accès au folder néerlandophone (parce qu’apparemment, dans ce pays, sorti des contreforts de Bruxelles il est impensable que quiconque soit bilingue).

2. Chaque ville a son magasin, chaque magasin a son folder promotionnel en ligne, avec une sélection de produits différente. Et ô combien différente.

3. Si on consulte lesdits folders promotionnels « spécial fête des mères », on remarque que l’échelle d’archaïsme  des produits proposés tend à suivre une courbe allant de « minime » à « carrément inquiétant » selon une diagonale Nord-Sud , commençant à Ostende avec des ipads et des DVD pour toucher le fond à Herstal avec des aspirateurs et des fers à repasser à n’en plus finir (l’image ci-dessus est tirée des deux pages centrales du folder bruxellois, considéré « borderline »).

4. Dès lors, interrogation subséquente: qui de l’oeuf ou de la poule a lancé le mouvement? La sélection d’articles dans ces folders est-elle le fruit d’une étude approfondie des analyses des habitudes des consommateurs et des meilleures ventes pour les magasins respectifs (auquel cas on est en droit de s’inquiéter sur le statut de la femme dite « moderne » en Wallonie) ou bien cette sélection a-t-elle été arbitrairement et souverainement décrétée par les responsables desdits magasins (auquel cas on est tout de même en droit de s’inquiéter du caractère retors des clichés au Sud du pays)?

Loin de moi l’envie de relancer le débat sur l’égalité des sexes et le partage des tâches. Je tiens simplement à signaler que,  au Nord comme au Sud et malgré un regain d’intérêt manifeste pour les années cinquante que nous appelerons « Effet Mad Men », je doute fort que Madame votre Mère soit ravie à l’idée de se voir offrir le droit de passer ses soirées devant sa planche à repasser, étrennant avec émoi son beau fer tout neuf.  Mais je peux me tromper.

Quoi qu’il en soit, voici une fois de plus la preuve que la publicité est et reste un excellent baromètre des moeurs.

Le 4 mai 2011

Interview: Giacomo Lariccia

Débarqué en Belgique à 27 ans pour étudier le jazz au Conservatoire Royal, Giacomo Lariccia vit, aime et crée à Bruxelles depuis dix ans. Après « Spellbound », un premier album jazz remarqué, voici « Colpo di sole », un projet plus personnel.
JPG - 24.5 ko
Giacomo Lariccia

Pourquoi Bruxelles ?

Quand j’ai décidé de me tourner définitivement vers la musique, il y a dix ans, les conservatoires de jazz n’existaient pas encore en Italie : il fallait donc que j’aille voir ailleurs. Et ce fut Bruxelles, parce que j’en suis tombé amoureux. C’est une ville intéressée par la nouveauté, ouverte, ce qui est presque inexistant en Italie, où la culture est assez fermée, finalement.

Avec ce deuxième album, tu t’éloignes résolument de ta formation jazz…

C’est vrai. Je suis déjà passé par là avec mon premier disque ; après cette belle aventure qui a été bien accueillie par la presse belge, je me suis tourné vers la chanson italienne, j’ai participé à des concerts-hommages à de grands auteurs-interprètes italiens comme Fabrizio de André ou Giorgio Gaber. Ces concerts ont rencontré un énorme succès en Belgique et au Luxembourg. J’ai alors constaté avec quelle facilité je parvenais à m’exprimer au travers de la chanson italienne. J’ai commencé à écrire, timidement, et un de mes textes a été inscrit à mon insu à un concours en Italie, au Biella Festival. Je m’y suis rendu comme guitariste, j’en suis ressorti chanteur et lauréat du concours. Ca m’a encouragé à persister dans cette voie, même si j’étais conscient que c’est difficile de percer. C’est un milieu où on est vraiment seul, les « talent scouts » n’existent plus, on est entrés dans l’ère du do-it-yourself.

Les sites participatifs, comme Akamusic, ont une vocation d’aide au lancement des jeunes artistes… Ca ne te tentait pas ?

C’aurait peut-être été plus facile, mais plusieurs choses ne me plaisaient pas dans leur façon de faire : le fait qu’ils gardent l’argent jusqu’à ce que le seuil débloquant soit atteint, par exemple. Nous, nous voulions travailler au fur et à mesure que l’argent arrivait. De plus, Akamusic promet des revenus aux investisseurs, et d’après moi c’est malhonnête car on sait que de nos jours, on vend très peu de disques et que les revenus engendrés seront donc infimes ; enfin, nous voulions rester indépendants et libres, on a donc décidé de tout faire nous-mêmes. J’ai eu la chance de rencontrer celui qui est devenu mon coproducteur, et, ensemble, on a lancé un projet participatif, un appel à contributions. On a réussi à réunir une centaine de personnes, qui ont participé à toutes les étapes de conception du CD (écoute, choix du single, clip,…). Ce projet, qu’on a appelé « un avventura in musica », s’est avéré être une aventure humaine forte et très intense, riche de rencontres. Si le disque a pu partir au pressage cette semaine, c’est grâce à toutes ces personnes.

Cet album, tu nous en parles ?

C’est un album de chansons en italien ; certaines, comme le single « Scendo pedalando » parlent de périodes historiques qui m’ont touché ; mon grand -père me racontait souvent comment, à la fin de la 2e guerre mondiale, il a déserté en compagnie d’un autre soldat, calabrais ; déguisés en paysans, ils ont réussi à fuir et à rejoindre Rome. Le compagnon de route de mon grand-père, qui ne cessait de parler de sa région et de celle qui l’y attendait, a fini par lui voler son vélo et s’enfuir pour rejoindre la Calabre. Cette histoire m’a marqué par son romantisme : un homme qui décide de parcourir 500 km à vélo en temps de guerre pour retrouver ceux qui lui sont chers… L’histoire s’arrête là, mais dans une de mes chansons, j’essaie d’imaginer la suite. J’ai voulu rendre plus doux le retour à la maison de ce déserteur…D’autres chansons critiquent notre société et son mode de partage absurde. L’ambiance générale est un peu rétro, mais la musique est moderne.

JPG - 19.2 ko
Un concert chez moi

La chanson italienne trouve-t-elle son public en Belgique ?

C’est ce qu’on se demande avec Marco, mon coproducteur. Jusqu’ici, on a beaucoup tourné en Italie, mais tout le soutien reçu pour la création de ce deuxième album vient de Bruxelles et de Flandre. Un intérêt est né pour notre projet. On l’a particulièrement vu lors de la tournée « Un concert chez moi ». On voulait toucher le public le plus vite possible. On a eu l’idée d’organiser des concerts à domicile, sur demande. On en a fait une trentaine, en Belgique et au Luxembourg, et ce furent des moments très forts et très intimes, on joue ça à 2 ou 3 maximum, devant un tout petit public. Ca m’a permis d’expliquer mon parcours et mon projet ; je pense qu’on va continuer avec ce concept même pendant la promotion du CD car ce sont les concerts dont je garde les meilleurs souvenirs. Cet engouement me pousse à y croire. Il faut dire qu’en Italie, on est environ 10.000 auteurs-compositeurs dans mon genre. Ici, on est forcément beaucoup moins ! Quand on voit les carrières qu’ont pu faire Rocco Granata ou Salvatore Adamo, je pense qu’il y a un public et un espace pour la chanson italienne ici, dans le Nord.

Toi qui transite entre ton pays d’origine et ton pays d’accueil, quelle vision as-tu de la situation en Belgique et en Italie ?

Pour un italien, c’est incroyable de constater qu’un pays puisse fonctionner sans gouvernement (rires). D’un côté, je trouve toute cette crise politique exagérée, car je ne la vis pas dans ma chair, mais je pense qu’on devrait pouvoir trouver une solution sans en arriver à la scission, qui serait de toute façon un drame pour les deux moitiés du pays. Pour ce qui est de l’Italie, je pense qu’on traverse une période assez noire, et que le populisme diffusé par certains partis rappelle dangereusement certains épisodes de l’Histoire. De plus, le peuple italien est par nature très individualiste. Cette tendance naturelle a été exacerbée par l’économie et la politique de ces dernières décennies, et là, on en récolte les fruits : on se retrouve avec pour Premier ministre un ex-homme d’affaires qui continue à faire ses affaires, et qui encourage chez le peuple ce penchant naturel à la protection des intérêts propres. Le pays souffre car il est bloqué, le gouvernement ne fonctionne plus vu qu’il s’occupe à temps plein de la défense des intérêts de M. Berlusconi. Il a encore une énorme influence sur la presse et la télévision, mais les événements récents en Afrique du Nord nous ont montré le pouvoir des autres grands médias comme internet, qui ne peuvent pas être totalement censurés. J’espère que le pays va bientôt relever la tête et se secouer.

La situation politique italienne a-t-elle un impact sur les milieux culturels ?

Bonne question. Dans le milieu intellectuel et artistique, personne n’a jamais soutenu Berlusconi. Mais l’Italie, c’est 60 millions de personnes, dont 5 millions d’intellectuels, ce qui est dérisoire. On a eu une influence sur le niveau moyen de qualité des « divertissements », comme les programmes télévisés, qui ont longtemps été les pires d’Europe à tous les niveaux. C’est déjà pas mal. La télé italienne a longtemps promu une fiction élevée au rang de réalité, des canons de beauté et de réussite faussés, contre lesquels on s’est battu. On voit à présent que tout le monde en a marre, et plus seulement les artistes et les intellectuels. L’italien moyen commence aussi à se conscientiser et à en avoir ras-le-bol de cette classe politique qui ne pense qu’à elle.

Dernière question : pourquoi faut-il écouter Giacomo Lariccia ?

Parce que c’est une musique qui transmet de l’énergie et du soleil, et dieu sait si on a besoin de soleil en Belgique ! (rires)

Album

Entre une tournée française et une autre italienne, Giacomo Lariccia présentera son nouvel album « Colpo di sole » le samedi 14 mai à la salle L’Alliance, Rue Voot 28, 1200 Bruxelles. Plus d’infos sur www.giacomolariccia.com

Retrouvez cette interview (et bien d’autres) sur Comédien.be!

Le 21 avril 2011

Buzz: We want furniture.com

Une étagère en teck déstockée à 30€ et livrée gratuitement? Je veux! Trois clics et c’est commandé. Si ce n’est qu’au moment de passer à la caisse, l’addition risque de se révéler autrement plus salée…Pour la planète. Ceci est le dernier buzz viral du WWF pour lutter contre la déforestation sauvage des forêts primaires et le commerce illégal de bois exotique, qui fait des ravages au sein de la faune sauvage et de son habitat. Une façon de nous rappeler que si le « click and buy » est diablement tentant par sa simplicité, il est utile de prendre un moment pour réfléchir à ce qu’on achète.

Wewantfurniture.com, le site ici

 

Le 20 avril 2011

Slam : Città d’elle

Je t’appelle

Citadelle

Citadine haut perchée sur les aiguilles de ton clocher
Tu
Tues le temps qui carillonne et tend émue aux vents têtus qui te talonnent
Ton giron girouette qui fait tourner les têtes

Je t’appelle

Ma Chapelle

Mon refuge, ma chaperonne
Rouge, mon auvent, mon alcôve;
En ta nef, ma matrone, on sauve
Les brebis pucelles qui ont faim qui ont foi
Et sur ton seuil se recueillent les meutes ameutées par l’amour et l’émoi

Je t’appelle

Città d’elle

Ville Sainte, éternelle, mon austère, en toi couvent
Des sacrements mystères et des terres au chœur d’or
Et ton sein cathédrale se livre, vespéral
Aux espoirs qui, au son des corps,
s’ouvrent
A la nuit
A l’envi
A l’encor

Je t’appelle

Infidèle

Les remparts de tes jupes qu’on disait imprenables
Ont cédé sans ciller au son si aimable de ce sésame essaimé au gré des sens
Je t’aime, je t’aime, aussitôt je t’ai que je tais
Ce mauvais poème
Les yeux dans le Saint Sang et les veines en chamade
Moi le croisé sans armes je pars à la conquête de tes œillades meurtrières,
Contrefaites
Et me voilà défait, surpris par l’assaut de tes meilleurs effets, pris dans le lasso
Ravalant mon mal et ma mâle fierté, sur l’âme la lame de ta froideur muette
Me force de constater que mêmes les citadelles les plus belles
Ont des oubliettes.

 

PS: ce texte n’a pas été primé au concours slam « Je t’appelle Citadelle » de la Maison de la Francité. Je le revendique quand même.

Le 19 avril 2011

Interview: Benoît Roland (Atelier 210)

Depuis 7 ans, l’Atelier 210 enrichit de sa touche multicolore et singulière le paysage culturel bruxellois. A la croisée de tous les arts scéniques et fort d’un public fidèle, ce théâtre se trouve pourtant (lui aussi) en danger d’extinction, faute de moyens. Le point avec Benoît Roland, son directeur.

Benoît Roland

Benoît Roland, pouvez-vous nous résumer la genèse de l’Atelier 210 ?

Nous avons créé l’Atelier 210 il y a près de sept ans, sans grande expérience dans le milieu du théâtre ou de la musique. Le projet ne part pas de la volonté d’un professionnel qui crée un lieu pour ses spectacles, mais d’un groupe de motivés qui souhaitait donner vie à un endroit pluridisciplinaire pour s’y faire croiser les genres et les publics. Nous voulions aussi donner une place à la création. Bien que d’aucuns disent qu’il y a beaucoup voire trop de théâtres à Bruxelles, on a vite constaté que ces théâtres fonctionnent en familles, en cercles fermés, et qu’il y a très peu de lieux voués à la création (et pas forcément la jeune création).

Aujourd’hui, on refuse à l’Atelier 210 des subventions dont il a besoin. Pourquoi ?

En 2005, quelques mois avant notre création, un moratoire a été adopté, proclamant que les nouveaux lieux ne seraient désormais plus subventionnés, pour éviter le saupoudrage. Cette décision s’inscrit dans une logique économique, mais elle condamne par défaut tous les lieux créés après cette date, ce qui est notre cas. A l’époque, on ne prétendait pas à un contrat programme, on s’était dit qu’on allait d’abord faire nos preuves. Là, nous préparons notre 7e saison, nous ne sommes plus un nouveau lieu, nous avons notre part de reconnaissance , et nous voudrions savoir si l’Atelier 210 est condamné à fermer ou si une solution est envisageable.

L'Atelier 210 à EtterbeekComment se passent vos rapports avec le CAD ?

Le dialogue est constructif. Il faut noter que, via le réseau Plasma, nous recevons un petit budget pour la salle de concert ; on a reçu aussi certaines aides exceptionnelles et autres queues de budget. En 2010, cette aide a été plus faible, à cause de la crise. Mais on a reçu 60.000€ pour l’Atelier 210 en tant que structure d’accompagnement. Cependant, pour le théâtre, nous ne recevons rien, car nous sommes nés trop tard, et les autres aides sont insuffisantes pour faire fonctionner l’ensemble du projet durablement et de façon cohérente.

Vous recevez donc de l’aide en tant que salle de concert, en tant que structure d’accompagnement, mais pas en tant que théâtre, pour des raisons chronologiques. N’est-ce pas une politique un peu hypocrite ?

Non, simplement, ils respectent à la lettre leurs directives. On demande à présent un contrat programme de 200.000€ (auquel on pourrait prétendre), mais ce dossier n’a pas pu être analysé à cause de ce moratoire qui en fait n’existe pas vraiment car il n’y a pas de document, mais cela bloque notre dossier tout de même. Ce n’est pas la faute du CAD s’ils ne peuvent pas donner d’avis sur le dossier A 210, c’est la faute du moratoire.

Qu’attendez-vous aujourd’hui ?

On attend de pouvoir déposer un dossier qui puisse être analysé par le CAD. On espère obtenir un oui, mais que la réponse soit oui ou non, nous voulons avoir cette possibilité de pouvoir en discuter, et pas se retrouver devant un mur par défaut, ce qui n’est pas juste. On n’a pas voulu faire une conférence de presse dramatique, mais le risque est réel : si ça ne se débloque pas, on ne prétend pas être capable de continuer à faire du théâtre sans subventions. Nous avons voulu défendre le projet de l’Atelier 210 car nous pensons qu’il le mérite, au vu du public et des artistes qui nous suivent. C’est un lieu dynamique, jeune, qui attire un public dont la moitié a moins de trente ans, mais on se retrouve dans un état d’asphyxie qui va nous forcer à arrêter. On commence à avoir du mal à garder notre équipe, faute de moyens, nombre d’entre nous travaillent en tant que bénévoles depuis des années : à force, ça s’essouffle. Je sais que c’est la crise, mais je sais que l’argent est là et je pense qu’aider l’Atelier 210 à hauteur de 200.000€ par an pendant quatre ans, c’est une question de volonté politique, non de moyens.

Avez-vous l’impression qu’il y a un décalage entre là où va le public et là où va l’argent ?

Le public n’est qu’un facteur parmi tant d’autres ; à titre d’exemple, le rapport entre le taux de fréquentation de l’Océan Nord et les subventions qu’ils reçoivent est énorme, mais ces subventions sont méritées car leur programme tient la route. A côté de cela, il est vrai que d’autres cas posent question.

Si vos démarches échouent, vous prévoyez des actions de revendication comme l’ont fait vos confrères du Magic Land (1)?

Je ne pense pas qu’on descendra dans la rue. On a fait une conférence de presse car on voulait que nos propos soient relayés pour donner à notre revendication un caractère officiel, mais on n’a pas prévu de faire un sit-in devant le ministère. Si l’Atelier 210 doit fermer, on l’annoncera suffisamment à l’avance, et on réunira un certain nombre de personnes autour de nous, mais dans une volonté plutôt symbolique et intellectuelle.

Au pire des cas, envisagez-vous la fermeture totale ou la sauvegarde des parties du projet encore viables, comme la salle de concert ?

Je ne sais pas, je préfère ne pas y penser. L’an prochain, c’est loin, plein de choses peuvent se passer, on a encore le temps de trouver des solutions. Par exemple, le Rideau, qui est en quête d’un lieu où exister, s’installe chez nous pour trois spectacles : c’est déjà un coup de pouce. Mais il est certain qu’il faudra trouver une issue, car je ne pense pas qu’on tiendra encore trois saisons sans aide aucune. A210

Cindya Izzarelli (Capitale Minuscule)

www.atelier210.be

(1) Voir l’interview de Patrick Chaboud, directeur du Magic Land Théâtre

Retrouvez cette interview sur Comédien.be !